Les premières traces de la présence des Juifs en Pologne remontent au Xe siècle. Expulsés d’Europe occidentale, ils trouvent refuge sur les bords de la Vistule où un recensement évalue leur nombre à plus de 580 000 personnes en 1764. Au Moyen-Age, les communautés juives (kehilot) bénéficient d’un statut juridique particulier qui garantit leur autonomie. Elles disposent de leurs propres tribunaux, et régissent elles-mêmes l’organisation du culte, l’éducation et la perception des taxes. Au fil des siècles, la Pologne devient le principal foyer du judaïsme ashkénaze. Le yiddish, langue judéo-allemande transcrite en caractères hébraïques, donne naissance à une véritable culture populaire. La situation des Juifs est alors relativement favorable, néanmoins la cohabitation avec les Chrétiens ne va pas sans peine. Le clergé fait preuve d’un anti-judaïsme virulent, et les bourgeois des villes s’inquiètent de la concurrence des artisans et commerçants juifs. L’antisémitisme s’exprime d’abord à travers la propagation de rumeurs accusant les Juifs de meurtres rituels et de profanation d’hosties, mais en 1648 et 1649, un soulèvement de Cosaques et de paysans ukrainiens conduits par Bogdan Chmielnicki entraîne une vague de massacres qui fait près de 100 000 morts parmi la population juive. Au XIXe siècle, un courant populiste antisémite se développe sous la férule du leader nationaliste Roman Dmowski (1864-1939). Des pogroms, émeutes accompagnées de pillages et de meurtres de Juifs, éclatent dans différentes villes sans susciter de réelles réactions des autorités. Après le retour à l’indépendance, de nouveaux pogroms ont lieu en Galicie, en Polésie et en Lituanie. La crise économique des années 30 entraîne de nouvelles manifestations d’antisémitisme : les magasins juifs sont boycottés, le nombre des étudiants juifs limité à l’université, la hiérarchie catholique accuse les Juifs de favoriser l’agitation communiste et le régime nationaliste de la Sanacja (assainissement) les pousse à émigrer. A la veille de la Seconde Guerre mondiale, la Pologne compte 3,5 millions de Juifs, qui représentent 10% de la population totale du pays et 20% de la population juive mondiale.
La Seconde Guerre mondiale en Pologne
Le 1er septembre 1939, l’invasion de la Pologne par les troupes allemandes marque le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. Le 17, l’Armée rouge attaque à son tour la Pologne en vertu des dispositions secrètes du pacte germano- soviétique. Après quatre semaines de résistance, le pays est vaincu et le gouvernement part en exil. A l’Est, les territoires conquis par l’URSS sont incorporés à la Biélorussie et à l’Ukraine. A l’Ouest, plusieurs régions sont annexées au Reich et un “Gouvernement général” mis en place autour de Cracovie. Une répression féroce s’abat sur les élites et la population civile. Les nazis entendent faire des Polonais un peuple de travailleurs serviles. Après l’invasion de l’Union soviétique par les troupes allemandes, le 22 juin 1941, l’ensemble des territoires polonais d’avant-guerre passe sous domination nazie. La résistance intérieure s’organise au sein de l’AK (Armia Krajowa) et des forces polonaises combattent aux côtés des Alliés sur tous les fronts. En décembre 1942, une organisation clandestine, Zegota, est créée pour venir en aide aux Juifs, alors que la société polonaise, marquée par des siècles d’antisémitisme, reste globalement indifférente face à la Shoah . Après l’échec de l’insurrection de Varsovie (1er août-2 octobre 1944), le pays est libéré par l’Armée rouge et devient une "démocratie populaire".
Bilan
Au terme de la Seconde Guerre mondiale, la Pologne a perdu 15% de sa population. 6 millions de personnes ont été tuées, dont la quasitotalité de la communauté juive. Seuls 200 à 250 000 Juifs ont survécu au génocide. Après guerre, confrontés à l’attitude antisémite de la population et du régime communiste, ils prennent progressivement le chemin de l’émigration. La population juive de Pologne est estimée aujourd’hui à moins de 15 000 personnes. Depuis la fin des années 90, la société polonaise connaît de profonds débats sur son attitude face à la Shoah, après des décennies d’occultation. La relecture historiographique de la période permet désormais une meilleure appréhension de l’antisémitisme avant, pendant et après la guerre.
Répartition de la population active juive par secteur d'activité en Pologne en 1939
D’après Adam Dylewski, Les Juifs polonais, Oddzial Wydawnictwo Pascal, Bielsko-Biala, 2004 (Titre original : Sladami Zydów polskich).
Brève histoire de la Pologne
L’histoire de la Pologne débute en 966, avec le baptême du roi Mieszko 1er. Au milieu du XIVe siècle, le royaume connaît une période d’essor économique et culturel sous le règne de Casimir III Le Grand, mais le renforcement des droits de la noblesse au dépens de l’autorité royale fait progressivement basculer le pays dans l’anarchie. A la fin du XVIIIe siècle, la Russie, la Prusse et l’Autriche se partagent son territoire, et la Pologne est rayée de la carte. Elle recouvre son indépendance en 1918, à l’issue de la Première Guerre mondiale, mais doit faire face immédiatement à de nombreuses difficultés politiques et sociales. En 1926, le maréchal Pilsudski parvient au pouvoir au terme d’un coup d’Etat et instaure un régime autoritaire balayé par l’invasion allemande de 1939.
Le ghetto de Varsovie
Après l’invasion de la Pologne par l’Allemagne nazie, les Juifs sont contraints d’habiter dans des quartiers fermés : les ghettos. La création du ghetto de Varsovie est ordonnée en octobre 1940. L’ensemble de la population juive de la capitale, des campagnes et des petites villes environnantes y est entassée dans des conditions effroyables. Isolé du reste de la ville par des barbelés et un mur de trois mètres de haut, le ghetto compte au départ plus de 400 000 habitants. La faim et les épidémies y entraînent une mortalité très élevée, voulue par les nazis. Du 22 juillet au 20 septembre 1942, 300 000 personnes sont arrêtées et transférées au centre d’extermination de Treblinka, où elles sont immédiatement gazées. Le 19 avril 1943, alors que les nazis s’apprêtent à procéder à la liquidation définitive du ghetto, un mouvement de résistance clandestine, l’OJC (Organisation juive de combat), déclenche une insurrection. Les troupes du général SS Jürgen Stroop entreprennent alors la destruction systématique du quartier, immeuble par immeuble. Au terme de 27 jours de combat, le ghetto est réduit en ruines. 7000 personnes sont tuées sur place et 56 000 envoyées à Treblinka. Le 16 mai, la grande synagogue de Varsovie est incendiée par les nazis en signe de victoire.