Le complexe d’Auschwitz
Son histoire commence en avril 1940 lorsque la SS décide d'aménager d’anciennes casernes en camp de concentration pour les opposants polonais. Les premiers détenus arrivent en juin 1940. En mars 1941, le camp est inspecté par Heinrich Himmler, chef de la SS. Il décide la construction d'un nouveau camp, plus vaste, à l'emplacement du village de Brzezinka (Birkenau en allemand). Comme l'Allemagne envisage d'envahir l'URSS, ce camp est initialement destiné aux prisonniers de guerre soviétiques. Ce sont d'ailleurs eux qui sont contraints d’édifier une grande partie de Birkenau, à partir d’octobre 1941, au prix de 10 000 morts. Par la suite, Himmler décide d'en faire un centre d’extermination. A partir du printemps 1942, des convois en provenance de toute l’Europe occupée convergent vers Auschwitz, qui devient le principal lieu de mise en oeuvre de la " solution finale de la question juive ". Dirigé par Rudolf Höss, le camp atteint son degré d’activité maximale entre mai et juillet 1944 avec la déportation des Juifs de Hongrie. Les opérations de gazage se poursuivent jusqu’en novembre, date à laquelle Himmler ordonne l’arrêt puis la destruction des crématoires de Birkenau pour faire disparaître les preuves matérielles du génocide. Les 18 et 19 janvier 1945, à l'approche de l'Armée rouge, près de 60 000 détenus sont évacués vers des camps de concentration plus à l'ouest : Bergen-Belsen (où meurt Anne Frank), Ravensbrück, Buchenwald, Dachau, Mauthausen, Theresienstadt, etc.
Quinze mille d'entre eux meurent au cours de ce transfert. Ceux qui parviendront à survivre (comme Elie Wiesel à Buchenwald), seront libérés par les troupes angloaméricaines au printemps suivant.
À l'arrivée des Soviétiques, le 27 janvier, il ne reste qu'environ 7 000 détenus très affaiblis dont beaucoup meurent peu de temps
après.
Le camp d’Auschwitz I
Auschwitz I était le Stammlager, le camp principal. Environ 15 000 détenus (des résis- tants de différentes nationalités dont de nombreux Polonais et des Juifs) étaient enfermés dans ce camp de concentration qui comportait une trentaine de bâtiments en briques. Il était ceint d'une double clôture de fils barbelés électrifiés. Sur la grille d'entrée du camp figure, comme sur celle de Dachau, la cynique formule "Arbeit macht frei" (le travail rend libre). Certains Blocks avaient une affectation particulière. Ainsi, les expériences médicales avaient lieu dans le Block 10. À côté, dans le Block 11 où se tenait la section politique du camp, de nombreux détenus ont été interrogés sous la torture. Les exécutions par fusillade avaient lieu devant le "mur de la mort" qui relie les Blocks 10 et 11.
En septembre 1941, l’utilisation du gaz Zyklon B a été expérimentée dans les soussols du Block 11 sur des prisonniers de guerre soviétiques considérés comme des "communistes fanatiques". Une chambre à gaz a ensuite été aménagée dans le Krematorium du camp. Elle a été utilisée au début de l’année 1942 pour assassiner les Juifs des premiers convois. En 1943, lorsque les grands Krematorium de Birkenau devinrent opérationnels, le site de gazage d’Auschwitz I fut abandonné puis détruit. Le Krematorium que l'on visite aujourd'hui a été reconstruit après-guerre. Cependant, cette reconstitution comporte des erreurs.
Auschwitz II-Birkenau
Immense, le camp de Birkenau était entouré d'une clôture électrifiée bordée de miradors. Il était constitué de trois sous-ensembles (B I, B II, B III) correspondant chacun à une tranche de construction dont la dernière est restée inachevée. Pouvant contenir théoriquement jusqu'à 60 000 détenus, le camp comportait plus de 300 baraquements dont la plupart ont disparu.
De ceux qui étaient en bois, ne subsistent souvent que la cheminée et les contours. L'essentiel des détenus était des Juifs sélectionnés pour le travail. Cependant, dans des secteurs à part, vécurent en sursis pendant quelques mois des familles juives provenant du camp-ghetto de Theresienstadt (Terezin) et des familles tziganes.
La visite de Birkenau commence par le porche d'entrée du camp où se tenaient des équipes de gardes SS. Le grand mirador qui le surmonte permet d'avoir une vue d'ensemble du site.
Le lieu le plus marquant est la Bahnrampe, la plate-forme de déchargement où avait lieu la sélection à l'arrivée des trains. Cette rampe (ses extrémités en pente permettaient aux camions d'y accéder) a été mise en service au printemps 1944 pour l’arrivée massive des Juifs de Hongrie. La plupart des Juifs déportés de France ne l'ont pas connue car ils sont arrivés à Auschwitz avant son édification. L'image du porche d'entrée est devenue le symbole universellement connu d'Auschwitz et de la Shoah. Deux zones de baraquements subsistent encore de part et d'autre de la rampe. Celle des baraques en bois (une vingtaine) constituait le secteur B IIa qui fut pendant un temps un camp de quarantaine. L'autre ensemble, soit une quarantaine de baraquements en briques, appartenait aux secteurs B Ia et B Ib qui étaient réservés aux femmes.
À l'intérieur du camp, quatre Krematorium ont été mis en service entre mars et juin 1943. Les nazis les ont détruits en janvier 1945. Les plus proches de la rampe, les Krematorium II et III, étaient identiques et bâtis symétriquement. Leur chambre à gaz (environ 200 m2) se trouvait au sous-sol. Un monte-charge permettait de hisser les cadavres jusqu'à la salle des fours.
À proximité des deux autres Krematorium (KIV et KV), plus petits et dotés de plusieurs chambres à gaz, se trouvent les vestiges du Zentralsauna où les déportés jugés "aptes" au travail étaient désinfectés et enregistrés. En face de ce bâtiment, s’étendait le Kanada, l'aire de stockage et de tri des bagages des déportés. Plusieurs centaines de détenus y travaillaient. Le KIV fut détruit par des membres du Sonderkommando lors de la révolte du 7 octobre 1944. Tout près de ce Krematorium, se trouve un étang où ont été jetées des cendres humaines. Avant la construction des quatre Krematorium, deux fermes situées aux abords du camp, près du Birkenwald (le bois de bouleau), avaient été aménagées en chambre à gaz (Bunkers 1 et 2). Elles ont fonctionné du printemps 1942 au printemps 1943. Les morts étaient ensevelis dans des fosses. La majorité des Juifs déportés d’Europe de l'Ouest (France, Pays-Bas, Belgique) ont été gazés dans ces deux Bunkers.
La sélection
À partir de l'été 1942, les Juifs déportés à Auschwitz sont soumis, dans le cadre de la "Solution finale" à un "traitement spécial" dont les modalités se répètent à l'arrivée de chaque convoi. Tout commence par la sélection. À l'origine, elle avait lieu sur la Judenrampe, un quai qui se trouvait entre le camp d'Auschwitz I et celui de Birkenau.
Au printemps 1944, une nouvelle rampe a étémise en service au plus près des fours Krematorium, à l'intérieur même du camp d’extermination. Généralement, les convois ferroviaires mettaient plusieurs jours pour atteindre Auschwitz. Hommes, femmes et enfants étaient entassés dans les pires conditions dans des wagons de marchandises. Certains n'arrivaient pas au bout du voyage, d'autres perdaient la raison. Dès leur descente du train, les déportés devaient laisser leurs affaires sur le quai et se répartir en deux colonnes : d'un côté, les hommes et de l'autre, les femmes et les enfants de moins de 16 ans. La sélection était le plus souvent effectuée par un médecin SS. Elle commençait par le groupe le plus important, celui des femmes et des enfants. Ceux qui étaient jugés ”inaptes” au travail (enfants de moins de 16 ans, mères avec leurs jeunes enfants ou femmes visiblement enceintes, vieillards, infirmes) étaient immédiatement dirigés vers les chambres à gaz. Les autres, moins nombreux (environ 20% du convoi), étaient conduits au Zentralsauna pour la procédure d'admission au camp. Là, ils étaient tondus, douchés et désinfectés. Puis on leur remettait au hasard des vêtements usagés récupérés dans les bagages de leurs prédécesseurs. À partir de 1942, leur enregistrement s'achevait par le tatouage d'un matricule sur l'avant-bras. Après une période de quarantaine, ils étaient affectés à une équipe de travail à Birkenau ou transférés à Monowitz ou dans un autre secteur du complexe d'Auschwitz. Étant voués à l'anéantissement par le travail, leur existence n'était qu'en sursis.
L’extermination immédiate
Les déportés qui devaient être gazés immédiatement n'étaient pas enregistrés. Croyant accéder aux douches, ils se déshabillaient avant d'être entassés par centaines dans une salle dans laquelle des cristaux de Zyklon B étaient ensuite déversés. Quelques minutes plus tard, lorsque toute vie avait cessé, des extracteurs d'air se mettaient en route pour permettre aux équipes du Sonderkommando d'intervenir. Les cadavres étaient alors extraits de la chambre à gaz et transportés jusqu'aux fours crématoires ou brûlés à l'extérieur dans des fosses. Auschwitz III-Monowitz Le camp de Monowitz était lié au chantier de construction puis à l'exploitation du complexe industriel Buna-Werke, édifié à partir d'avril 1941 pour l'entreprise IG-Farben.
Près de 10 000 déportés (dont le chimiste juif italien Primo Levi) travaillaient dans cette ville-usine affectée à la production decaoutchouc synthétique et de méthanol. Auschwitz IIl-Monowitz, qui a été bombardé par les Alliés en 1944, n'avait pas de fours crématoires. Ceux qui y mouraient étaient incinérés à Auschwitz-Birkenau.
| Bilan d’Auschwitz |
Au moins 1,3 million de personnes ont été déportées à Auschwitz dont 1,1 million de Juifs. Parmi ces derniers, près d’un million y ont été assassinés dont 69 000 Juifs de France. La moitié des 400 000 déportés (dont 200 000 Juifs) enregistrés et soumis au régime concentrationnaire sont morts. Les Juifs morts à Auschwitz constituent à eux seuls 90 %de toutes les victimes du camp. Les plus nombreux sont ensuite les Polonais (74 000), les Tziganes (21 000) et les prisonniers de guerre soviétiques (15 000). |