Durant la Seconde Guerre mondiale, le silence qui entourait la persécution dont les Juifs étaient victimes semblait signifier que l’Europe avait sombré dans la peur, l’indifférence ou la collaboration. Pourtant dans chacun des pays concernés, des hommes et des femmes se sont levés, choqués par les exactions dont ils étaient témoins. En France tout particulièrement les Justes furent nombreux, permettant aux deux tiers des Juifs de survivre à la Seconde Guerre mondiale, et ce malgré la contribution du gouvernement de Vichy à leur déportation. L’intervention au sein même des camps d’internement, le passage clandestin des frontières, la fabrication de faux-papiers civils ou religieux, l’accueil dans les villages-refuges… furent autant d’actions qui permirent le sauvetage de milliers de personnes.
Dès le début de l’occupation allemande, certaines personnalités clairvoyantes aident les réfugiés qui tentent de fuir. Ainsi, à Bordeaux, le consul du Portugal Aristides de Sousa Mendes, avec l’aide de ses fils, fournit en quelques jours des milliers de visas d’entrée au Portugal. Rapidement, l’étau se resserre : la loi décret du 4 octobre 1940 oblige « les étrangers de race juive résidant en zone libre » à intégrer les camps d’internement où ils s’entassent dans des conditions déplorables aux cotés de réfugiés républicains espagnols. Des organisations caritatives, parmi lesquelles la CIMADE (Commission inter mouvements auprès des évacués), sur l’initiative de sa secrétaire générale Madeleine Barot, l’Amitié chrétienne, le Secours Suisse ainsi que de nombreuses oeuvres juives, s’emploient à améliorer le sort des internés en ouvrant dans les camps d’internement des postes de secours humanitaires. A partir d’août 1942 débutent les grandes déportations. Il faut improviser des filières d’évasion, rechercher des passages de frontière (vers la Suisse et l’Espagne), trouver des passeurs, fabriquer des faux papiers…. Les Pères Louis Favre, Gilbert Pernoud et Raymond Boccard, du collège Saint-François de Sales de Ville-la-Grand en Haute-Savoie dont le jardin est situé sur la frontière avec la Suisse, permettent à plus de deux mille clandestins de rejoindre ce pays en passant au dessus du mur d’enceinte du collège.
A partir de décembre 1942, le couvent Notre-Dame de Massip abrite des enfants juifs dont les parents ont été déportés, contribuant ainsi à sauver près de 80 enfants. Lot, 1944.
Les enfants aussi sont pourchassés en zone libre comme en zone occupée, au même titre que les adultes. Tous les moyens légaux et clandestins sont utilisés pour s’opposer à leur arrestation et les soustraire à la déportation. L’action se déploie vers la recherche de familles en milieu rural et d’institutions religieuses pouvant les accueillir, l’acheminement des enfants et leur placement, l’attribution de fausses identités et la création de filières d’évasion. Des réseaux d’entre-aide se développent, des organisations juives et non-juives s’associent. Dans les régions, ce sauvetage prend une forme particulière sur le plan de l’aide collective. C’est le cas des Hautes-Alpes, du Gers, du Tarn, de la Drome, de la Sarthe ou du Cantal. Les réseaux de sauvetage y acheminent enfants ou adultes où ils savent pouvoir compter sur une aide sans faille de la population à l’exemple des habitants du plateau Vivarais-Lignon et notamment du Chambon-sur-Lignon. Dans ce village d’obédience protestante, près de douze maisons d’enfants, trente-neuf pensions de famille, des dizaines de fermes hébergent des centaines de réfugiés. La dimension exceptionnelle des actes de sauvetage et du nombre des sauveurs ont valu à ce village, le seul en France, de se voir décerner le titre de Juste parmi les Nations. Si plus de 85 % des enfants juifs de France échappent à la déportation (sur près de 76 000 juifs déportés de France plus de 11 000 étaient des enfants), c’est aussi grâce au dévouement individuel de nombreux français. Le père Jacques accueille dans le collège des Carmes qu’il dirige à Avon près de Fontainebleau, trois jeunes juifs sous de faux noms et emploie un professeur de sciences naturelles interdit d’exercer son emploi par les lois anti-juives de Vichy. Le 15 janvier 1943, la Gestapo fait irruption dans le collège et arrête les trois enfants et le père Jacques ; le collège est fermé. Lucien Weill, le professeur, est lui aussi arrêté à son domicile ainsi que sa mère et sa soeur. Aucun d’entre eux ne reviendra. Louis Malle, ancien pensionnaire du collège d’Avon, évoque cette histoire dans son film Au revoir les enfants (projeté le jeudi 11 mai dans le cadre du cycle de films et de conférences). Ces histoires de vies, de destins croisés, ne sont que des exemples parmi les nombreuses actions de sauvetage qui se sont déroulées en France, un aperçu de ces actes d’humanisme, dont beaucoup resteront inconnus, mais qui ont permis aux trois quarts des Juifs en France de survivre. Individuellement, collectivement, organisations chrétiennes et protestantes, hommes d'églises, passeurs isolés, fonctionnaires, jeunes, hommes, femmes, les Justes ont constitué une chaîne d'espoir sauvant des vies humaines.