éditorial

Au lendemain de la Première Guerre mondiale, August Sander entreprend un projet qui deviendra celui d une vie : dresser, sous le titre d « Hommes du XXe siècle », le portrait photographique de la société allemande. Mais dans les années 1930, les hommes et les femmes qui prennent la pose devant son objectif sont membres du parti nazi, soldats de la Wehrmacht, Juifs forcés de refaire leur pièce d identité pour l apposition du « J » de Juif ou cherchant à quitter l Allemagne. Ces photographies, prises sur commande ou non, sont intégrées après la guerre par l artiste à son projet, regroupant celles des Juifs de Cologne sous le nom de « Persécutés ». Aujourd hui, le Mémorial présente une sélection de 120 portraits, 120 visages. En observant chacun d entre eux, cette phrase, prononcée par le photographe deux ans avant la mise en place du IIIe Reich, prend un sens particulier : « À travers l expression d un visage, nous pouvons immédiatement déterminer quel travail il [l individu] accom- plit ou n accomplit pas, dans ses traits nous lisons s il éprouve du chagrin ou de la joie,  car la vie y laisse immanquablement ses traces. » (5e conférence radiophonique, « Le carrousel des métiers », 1931).

Parallèlement, le Mémorial organisera des activités sur de nombreux sujets, des projections de films, en particulier une rétrospective de l œuvre documen- taire de Pierre Sauvage, et des présentations d ouvrages, des témoignages.

Pour la première fois, ce trimestre, nous vous proposons un cycle thématique autour de L internement et la déportation des nomades (1939-1946), une histoire française, en amont de l exposition qui sera inaugurée à l automne prochain. Et face au succès rencontré, l exposition Beate et Serge Klarsfeld, les combats de la mémoire (1968-1978) est prolongée jusqu au 9 septembre tandis que l exposi- tion sur les dessins de Georges Horan-Koiransky s achèvera le 15 avril.

Avril est le mois des commémorations. Nous célébrerons ainsi la tradition- nelle cérémonie de Yom HaShoah, la Journée nationale des victimes et des héros de la déportation ainsi que le soulèvement du ghetto de Varsovie qui se déroula il y a exactement 75 ans en 1943. En avril 1943, un groupe de résis- tants juifs se réunissait à Grenoble, à l initiative d Isaac Schneersohn, afin de créer le Centre de documentation juive contemporaine, à l origine du Mémo- rial de la Shoah. 75 ans après, toujours fidèle aux objectifs définis par nos fon- dateurs, notre institution, qui n a cessé d évoluer, joue un rôle essentiel dans la préservation et la transmission de l histoire de la Shoah. Vous êtes de plus en plus nombreux à venir assister à l une de nos activités : en 2017, nous avons battu notre record de fréquentation, merci à vous !

Jacques Fredj, directeur