Suivez la cérémonie de Yom HaShoah en direct Lecture des noms de déportés juifs de France

mercredi 01 mai 2019 à 19hmercredi 02 mai 2018 à 18h45

Ouverture de la cérémonie au public sur le parvis du Mémorial de la Shoah à 20h30.

Du mercredi 1er mai à 19h au jeudi 2 mai à 18h45, une cérémonie suivie d’une lecture publique ininterrompue de 24 heures, de jour comme de nuit auront lieu sur le parvis du Mémorial de la Shoah à Paris. Des 76 000 noms inscrits sur le Mur des Noms, seront prononcés, un à un, les noms des personnes déportées de France par les convois n° 21 à 57.

Quelque 200 personnes, anciens déportés, parents, bénévoles, enfants… liront à tour de rôle, à partir des listes issues du Livre Mémorial de la Déportation de Serge Klarsfeld, (éd. Association des FFDJF), les noms de « ceux dont il ne reste que le nom » (Simone Veil).

Dès le début de la cérémonie à 19h, à la place de l’image ci-dessous, apparaîtra la vidéo de retransmission en direct de la lecture des noms.

Retrouvez les noms et photos des Juifs déportés de France inscrits sur le Mur des Noms qui seront lus lors de la commémoration de Yom HaShoah : cliquez ici.

 

François Heilbronn, Vice-Président du Mémorial de la Shoah

Discours de François Heilbronn, Vice-Président du Mémorial de la Shoah
Cérémonie inaugurale Yom Hashoah du mercredi 1 mai 2019, Mémorial de la Shoah


Mesdames et Messieurs les anciens déportés
Mesdames et Messieurs les anciens résistants
Mesdames et Messieurs les enfants cachés
Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale
Monsieur le Ministre de l’Education Nationale
Madame la Secrétaire d’Etat aux Anciens Combattants et à la Mémoire
Madame la Maire de Paris
Madame et Monsieur les Ambassadeurs d’Israël et d’Allemagne en France
Mesdames et Messieurs les sénateurs et députés
Mesdames et messieurs les maires
Monsieur le Délégué Interministériel de la DILCRAH
Monsieur le Recteur de l’Académie de Paris
Monsieur le Préfet représentant le Préfet de Police de Paris
Monsieur le Grand Rabbin de France
Monsieur le Pasteur, Président de la Fédération Protestante de France
Monseigneur l’Evêque auxiliaire de Paris
Monsieur l’Imam de Drancy
Monsieur le Grand Maître du Grand Orient de France
Messieurs les Grands Rabbins
Mesdames et messieurs les représentants des Cultes
Monsieur le Président de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah
Monsieur le Président du Mémorial de la Shoah
Monsieur le Président du Consistoire
Monsieur le Président du MJLF
Monsieur le Président du CRIF
Monsieur le Président du Fonds Social Juif Unifié
Monsieur le Président de l’Association IBUKA
Mesdames et messieurs les Présidents d’association d’anciens déportés, d’anciens
combattants, de victimes de génocides et de lieux de mémoire
Mesdames et messieurs les Présidents d’associations antiracistes et anti-antisémites
Mesdames et messieurs les Présidents d’association et des mouvements de jeunesse
Monsieur et Madame Serge Klarsfeld et les Fils et Filles des déportés Juifs de France
Chers enfants du Talmud Torah du MJLF
Chers amis


En ce jour de Yom Hashoah, le jour choisi par l’Etat d’Israël pour commémorer la mémoire des Juifs assassinés et victimes du génocide en Europe entre 1939 et 1945, mais aussi les héros de la résistance juive, nous sommes tous réunis au Mémorial de la Shoah pour lire un à un les noms des Juifs déportés de France ainsi que ceux morts en captivité ou assassinés en France entre 1941 et 1944.

Cette lecture des noms des déportés juifs de France dure 24 heures. Et pendant 24 heures nous lisons un à un les noms de celles et ceux qui comme nous l’a toujours rappelé Simone Veil :
« il ne reste que le nom ».

En 24 heures nous ne pouvons lire les plus de 76.000 noms des Juifs déportés de France.
Cette année nous en lirons 31.761, dont ceux de 5.921 enfants. Pour poursuivre notre lecture interrompue l’année dernière à la fin du convoi n°20, nous reprendrons la lecture des noms, des convois 21 à 57.

Pour la cérémonie inaugurale de cette lecture, nous lirons tous ensemble sans ordre protocolaire, les 1.012 noms du convoi n°21, parti de la Gare Le Bourget-Dancy, il y a plus de 76 ans, le 19 août 1942.

Avant de débuter notre lecture, je tenais à évoquer pour vous l’histoire de ce convoi, emblématique de l’objectif génocidaire de l’occupant nazi mais aussi de la servilité criminelle des autorités et de l’administration françaises.

Ce convoi n°21 est principalement composé d’enfants de moins de douze ans raflés lors de la rafle du Vel d’Hiv des 16 et 17 juillet 1942 et depuis gardés souvent seuls, après les déportations de leurs parents, par des gendarmes français dans les camps du Loiret de Pithiviers et de Beaune La Rolande. Ce convoi est composé également des Juifs arrêtés et maintenus en détention par le Gouvernement de Vichy dans les camps de la zone libre et livrés aux autorités d’occupation. Ils viendront principalement du camp des Milles près d’Aix-en-Provence et du Vernet en Ariège près de Pamiers

Le choix de ces déportés a été fait après les négociations entre les autorités françaises et allemandes du début du mois de juillet 1942.

Lors de la rencontre du 13 août 1942, entre Röthke, qui remplaçait Dannecker comme responsable du service des affaires juives, son adjoint Heinrichsohn et le délégué en zone occupée du secrétaire général de la police, Jean Leguay ainsi que son chef de cabinet, Thomas Saults, il y a été convenu que les convois ne pourraient, sous aucune circonstance, être remplis exclusivement d’enfants.

Afin d’éviter ceci, les enfants devaient être déportés avec les Juifs acheminés vers le camp de Drancy en provenance de la zone non occupée.

Un rapport de 300 adultes pour 500 enfants fut établi. Leguay indiqua qu’il assurera l’arrivée d’un nombre suffisant de Juifs de la zone non occupée pour respecter cette demande.

Le convoi du 19 août 1942 comprend ainsi 448 enfants de moins de dix-huit ans, mais surtout 401 enfants de moins de douze ans, oui, de moins de douze ans qui avaient été transférés au camp de Drancy le 15 août à partir des camps de Beaune-la-Rolande et de Pithiviers. Mais aussi, cent soixante dix juifs déjà internés à Drancy, dont certains parents qui se sont portés volontaires dans l’espoir trop souvent illusoire de retrouver leurs enfants. Les près de 400 autres adultes complétant l’effectif du convoi avaient été transférés par les autorités françaises dans la semaine précédente, des camps des Milles et du Vernet depuis la zone non occupée.

Röthke confirme le départ de ce convoi désigné 901-16 de la gare du Bourget-Drancy le 19 août à 8h55 précise avec à son bord 1.000 Juifs. Ils seront en fait 1.012.

Certains wagons seront presque uniquement composés d’enfants de moins de douze ans.
Permettez-moi de vous citer en exemple, le wagon n°1, extrait du Mémorial de la Déportation des Juifs de France de Serge Klarsfeld :
« Wagon 1 : 49 enfants et 9 adultes. Parmi les enfants beaucoup de frères et sœurs… Lucien
Najman 6 ans, Thérèse Najman 4 ans, Bernard Najman 2 ans »

Puis un peu plus loin nous lirons « Anna Helfmann 9 ans et sa sœur Denise 4 ans ».

Benjamin Rapoport qui était interné au camp du Vernet depuis 1940 car Allemand puis livré par les Français aux nazis, fut un des 5 survivants de ce convoi, oui 5 sur 1.012 déportés. Il témoignera de ce voyage et évoquera les enfants :

« Dans l’une des gares, nous les avons vus à quai. On entendait des cris et des pleurs. Ensuite, un garde a entrouvert la porte coulissante de notre wagon pour voir ce qui se passait dedans. J’ai alors vu une gare presque vide, obscure, et quelques enfants sortir d’un wagon à bestiaux pour être transférés dans un autre; ils marchaient en pleurant entre des S.S. qui les pressaient, mais qui les ont laissé boire à la pompe de la station; on voyait qu’ils mourraient de soif. »

À leur arrivée à Auschwitz 138 hommes et 45 femmes sont sélectionnés pour des travaux forcés. Les 829 autres déportés sont gazés dès leur arrivée à Auschwitz-Birkenau, dont tous les 401 enfants, oui tous, ceux âgés de moins de douze ans.

Ce sont les noms de ces 1.012 déportés juifs de France que nous lirons lors de cette cérémonie d’inauguration de Yom Hashoah. Pendant la lecture par chacun et chacune d’entre vous de ces noms, nous projetterons une photo de la personne déportée, si nous en disposons.

A ce jour, nous disposons de 20.300 photographies qui ont été recueillies par le Mémorial de la Shoah et Serge Klarsfeld, dont 4 .700 photos d’enfants, toutes visibles dans le Mémorial des enfants qui leur est dédié à la fin de l’exposition permanente du Mémorial. Je vous invite pendant ces prochaines 24 heures à venir nous déposer si vous en disposez des photos des membres déportés de vos familles, dans le cadre de notre opération « Un visage, un nom ».

Après la lecture de ce convoi, particulièrement tragique, j’inviterai les lecteurs à se rendre au Mémorial des enfants pour se recueillir devant les visages des enfants dont ils auront lu les noms. Puis se rendre devant le Mur des Noms à l’année 1942, et se recueillir devant les noms que vous aurez pu lire.

J’invite également tous nos lecteurs et toutes les familles à se rendre lors de ces 24 heures au Mur des Noms, car il sera, à l’issue de Yom Hashoah fermé pour travaux et ce jusqu’au début de 2020.

En effet depuis son inauguration Par le Président Chirac et Simone Veil le 25 janvier 2005, les équipes du Mémorial ont recueilli auprès des familles des corrections de noms, de prénoms, d’âge, d’orthographe ou même de déportation. Inexactitudes ainsi trouvées dans les listes originales des convois établies par les Allemands. Nous avons ainsi pu procéder à plus de 1.823 corrections sur les plus de 76.000 noms des Juifs déportés de France et rajouter 175 noms manquants. Le Mur sera donc fermé pour une rénovation complète pendant plusieurs mois.

Lors de notre cérémonie, après que 6 rescapés des camps de la mort accompagnés de 6 jeunes enfants du Talmud-Torah du MJLF, allumeront les 6 bougies du souvenir à la mémoire des 6 millions de Juifs assassinés en Europe, nous écouterons le témoignage de l’une de nos amies rescapée, Madame Esther Senot, une de nos militantes infatigables de la Mémoire qui témoigne inlassablement auprès des jeunes et que nous remercions.

Esther fut déportée en septembre 1943 à l’âge de 15 ans par le convoi 59. Je lui laisserai le soin de l’évoquer pour nous.

Puis nous entamerons la lecture des noms du convoi 21, où 100 personnalités politiques, diplomatiques, religieuses, associatives sans ordre protocolaire liront les 1.012 noms du convoi n°21.

Esther Senot débutera cette lecture, suivie comme chaque année par Serge Klarsfeld en hommage à son travail et à celui des Fils et Filles des Déportés Juifs de France, travail inlassable qui a permis de restituer un nom, un souvenir, parfois un visage à chacun de ces déportés. La lecture du convoi 21, sera clôturée par Madame Beate Klarsfeld.

Cette cérémonie officielle devrait s’achever vers 20h30. Nous marquerons alors une très courte pause pour permettre à nos invités qui le souhaitent de nous quitter. Nous reprendrons ensuite la lecture ininterrompue en continuant avec le convoi n°22, puis pendant 24 heures jusqu’au convoi 57, nous lirons sans discontinuer les noms des déportés Juifs de France et ce jusqu’à demain 19h00. Cette lecture sera retransmise intégralement su le site du Mémorial de la Shoah.

Des enfants des collèges et des lycées participeront à ces lectures comme près de 400 familles qui ont tenues à lire le nom de leurs proches déportés.

En parallèle de cette lecture ininterrompue, il y aura plusieurs cérémonies et rencontres importantes au Mémorial.
Ce soir à 21h00, les Éclaireuses et Éclaireurs israélites de France projetteront un documentaire « Opa » de Simon Maller dans l’auditorium

Demain, jeudi 2 mai :

  • A 7h45 : Un office sera célébré par les rabbins du Séminaire Israélite de France suivi par la lecture du Kaddish organisée par le Consistoire dans la Crypte ;
  • A 11h, nous rendrons hommage à notre ami rescapé Maxi Librati décédé il y a un mois par la projection de « Maxi, 145922, un aller-retour »
  • A 14h30, une rencontre à l’occasion de la parution de « Un héros juif de notre temps. Manuscrit en Yiddish de 1945 » de Maurice Wolman,
  • A 16h30 la lecture du Sefer HaShoah ;
  • A 19h, la lecture du Kaddish final.


Puis il y aura un Office solennel du Consistoire de Paris à 19h30 à la Synagogue des Tournelles (21 bis, rue des Tournelles), en présence des autorités religieuses, civiles et militaires.

Je tiens à remercier l’initiateur et le concepteur de cette cérémonie le rabbin Daniel Farhi du MJLF ainsi que Serge Klarsfeld. Remercier le MJLF et tous ces militants qui organisent si bien et de manière si dévouée, chaque année depuis 28 ans cette lecture de noms ininterrompue.

Remercier le Mémorial de la Shoah, son Président, son Directeur et ses équipes qui nous accueillent. Remercier également le Consistoire, son Président, le Grand Rabbin de France pour leur participation active à ce temps d’union des Français juifs. Remercier enfin la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, son Président, son Directeur et ses équipes pour le soutien sans faille à cette cérémonie et ce tous les ans.

Remercier enfin tout particulièrement tous les équipes de Yom Hashoah principalement les membres du MJLF comme les équipes du Mémorial qui ont préparé cette lecture ininterrompue et qui vont veiller sans s’arrêter pendant 24 heures à son bon déroulement.

Je voudrais enfin pour conclure rendre un dernier hommage à nos amis rescapés de la Shoah, témoins infatigables auprès des jeunes générations pour lutter toujours contre les haines racistes et antisémites, et qui nous ont quitté depuis notre dernière commémoration.

Je voudrais rappeler la mémoire de Marceline Loridan-Ivens, Ida Grinspan, Maxi Librati, Noah Klieger, Charles Testyler, André Berkover, Ady Fuchs, Maurice et Joseph Jablonski, Charlotte Wardi,

Je voudrais rappeler la mémoire d’un des chefs de la Résistance juive et de l’OSE, ayant sauvé plus de 350 enfants juifs, Georges Loinger qui nous a aussi quitté cette année à 108 ans.

Honorer également des militants de la mémoire des Fils et Filles qui nous ont quittés cette année : Maurice Lippe, Georges Wojakowski et Gabrielle Balseiro.

Enfin rendre hommage à celui qui nous a légué un nom, SHOAH, et une œuvre magistrale, Claude Lanzmann.

Je vous remercie

François Heilbronn
Président de la Commission Yom Hashoah