Biographies de la famille Jacob dans le cadre de l'exposition "Simone Veil. Mes sœurs et moi"

mardi 10 février 2026jeudi 15 octobre 2026

Madeleine « Milou » Jampolsky, née Jacob (1923–1952)

Aînée de la famille Jacob, Madeleine, surnommée Milou, naît à Paris. En 1924, ses parents André et Yvonne s’installent à Nice avec leurs enfants. Durant l’Occupation, Milou travaille pour subvenir aux besoins de la famille tandis que sa sœur Denise entre en Résistance. Le 30 mars 1944, Milou est arrêtée avec sa mère Yvonne, sa sœur Simone et son frère Jean.

Déportées à Auschwitz par le convoi n° 71 du 13 avril 1944, Milou, Simone et leur mère sont ensuite transférées au camp de Brobeck, puis emmenées dans une marche de la mort jusqu’à Gleiwitz en janvier 1945. Après un transport en train de huit jours, sans eau ni nourriture, elles arrivent à Bergen-Belsen. Séparée de Simone, Milou reste auprès de sa mère, qui meurt du typhus en mars 1945. Elle-même atteinte, Milou survit grâce à la libération du camp par les troupes britanniques le 15 avril 1945 et veille sur Simone.

De retour à Paris, les sœurs découvrent le sort tragique de leur famille. En 1949, Madeleine épouse Pierre Jampolsky et donne naissance à un fils, Luc. Le 14 août 1952, sur le chemin du retour d’un séjour à Stuttgart chez Simone et Antoine Veil, Milou perd la vie sur le coup dans un accident de voiture. Son fils Luc, âgé d’un an, meurt à l’hôpital quelques jours plus tard, dans les bras de Simone.

 

Denise Vernay, née Jacob (1924-2013)

Seconde fille de la famille Jacob, Denise naît à Paris et grandit à Nice. Comme ses frères et sœurs, elle est éclaireuse sous le totem de Miarka. Sous l’Occupation, alors qu’elle est lycéenne, elle relaie les messages de Radio Londres, diffuse des tracts et aide à cacher des enfants juifs.

En 1943, elle s’engage pleinement dans la Résistance. Mise en contact avec le mouvement Franc-Tireur, elle devient à 19 ans agente de liaison à Lyon sous le nom de code Miarka. Après l’arrestation de sa famille en avril 1944, elle rejoint les Mouvements unis de la Résistance en Haute-Savoie sous le pseudonyme « Annie ». Arrêtée alors qu’elle transporte des postes émetteurs et des fonds pour le maquis des Glières, elle est torturée par la Gestapo, puis déportée à Ravensbrück le 28 juillet 1944. Enregistrée sous un faux nom, son identité juive n’est pas connue.

Transférée à Mauthausen le 2 mars 1945 dans un convoi de déportées « Nuit et Brouillard », elle est libérée par la Croix-Rouge internationale le 21 avril 1945. En 1947, elle épouse le résistant Alain Vernay, avec qui elle a trois enfants. Elle consacre ensuite sa vie à la transmission de la mémoire de la Résistance et de la déportation.

 

Simone Veil, née Jacob (1927–2017)

Benjamine de la famille Jacob, Simone naît à Nice. Son enfance est heureuse, marquée par une fratrie unie et un lien très fort avec sa mère Yvonne. Adolescente sous l’Occupation, elle poursuit sa scolarité et son engagement d’éclaireuse, tandis que les persécutions s’intensifient. En novembre 1943, munie de faux papiers au nom de « Jacquier », elle quitte le lycée pour travailler à la bibliothèque municipale. En mars 1944, elle passe son baccalauréat, dont elle n’apprendra la réussite qu’après la guerre.

Le 30 mars 1944, elle est arrêtée par la Gestapo, entraînant l’arrestation de sa mère Yvonne, de son frère Jean et de sa sœur Madeleine. Internées à Drancy, les trois femmes sont déportées à Auschwitz par le convoi n° 71 du 13 avril 1944. Âgée de 16 ans, Simone est transférée avec sa mère et sa sœur au camp de travail de Brobeck, puis subit la marche de la mort avant d’être envoyée à Bergen-Belsen, où elle est séparée des siennes.

Libérée le 15 avril 1945, elle rentre à Paris et apprend la disparition de son père et de son frère et la déportation de sa sœur Denise. Elle entame ensuite des études de droit et à Sciences Po, épouse Antoine Veil en 1946 et devient mère de trois fils. La mort accidentelle de Madeleine, seule personne avec laquelle elle partageait l’expérience de la déportation, est pour elle un nouveau drame. Devenue magistrate, Simone Veil entame une vie de combats sociétaux majeurs. Simone Veil incarnait la résilience et le courage : marquée par la déportation, elle transforma son expérience en engagement pour la justice, la mémoire et les droits des femmes.

 

Jean Jacob (1925–1944)

Seul fils de la famille Jacob, Jean naît en 1925 et grandit à Nice. Adolescent, il rejoint les Éclaireurs et interrompt ses études en 1941 pour travailler, nourrissant le projet de devenir photographe. En août 1942, il est employé comme aide-photographe chez Emka Photo mais le laboratoire ferme en raison des lois antisémites. En mars 1944, il est hébergé avec sa mère et ses sœurs par des amis.

Le 30 mars 1944, il est arrêté par la Gestapo avec sa sœur Madeleine et leur mère Yvonne, puis interné à Drancy le 7 avril. Jean assiste alors au départ de ses sœurs et de sa mère vers Auschwitz-Birkenau. Son père André, arrêté à Nice, l’y rejoint le 21 avril 1944. Espérant échapper à la déportation, Jean et son père se portent volontaires pour l’Organisation Todt. Mais ils sont déportés le 15 mai 1944 par le convoi n° 73 vers le Neuvième Fort de Kaunas et la prison de Patarei à Reval (Tallinn). Seuls 22 des 878 déportés survivront. Jean meurt en déportation en 1944. La destination de ce convoi ne sera connue des familles qu’au milieu des années 1990.

 

Yvonne Jacob, née Steinmetz (1900–1945)

Yvonne Célestine Marguerite Jacob, née Steinmetz, naît le 12 décembre 1900 à Paris, dans une famille juive non pratiquante. Bachelière et étudiante en chimie, elle épouse André Jacob à 21 ans et renonce à ses études. Après la naissance de ses filles Madeleine et Denise, la famille s’installe à Nice. Un fils, Jean, naît en 1925, puis Simone en 1927. Yvonne se consacre à ses enfants et bâtit un foyer où la culture et l’art occupent une place centrale. Femme moderne et engagée, elle participe à des activités communautaires tout en s’efforçant de préserver une vie familiale aussi normale que possible face aux persécutions. Arrêtée le 30 mars 1944 avec Madeleine et Jean, peu après l’arrestation de Simone, elle est internée à Drancy.

Le 13 avril 1944, elle est déportée avec Madeleine et Simone à Auschwitz-Birkenau par le convoi n° 71. Toutes trois sont ensuite transférées au camp de travail de Brobeck. Yvonne survit à la marche de la mort et arrive à Bergen-Belsen le 30 janvier 1945. Atteinte du typhus, elle meurt en mars 1945, à 45 ans, dans les bras de sa fille Madeleine.

 

André Jacob (1891-1944)

Né dans le 9e arrondissement de Paris, André est le fils d’Edmond Jacob et de Mathilde Schnerb. Admis à la section architecture de l’École des beaux-arts, ses études sont interrompues par la Première Guerre mondiale, au cours de laquelle il est fait prisonnier dès 1914. Il est interné en Allemagne, d’où il rentre, après plus de quatre ans de captivité, le 17 mars 1919. Il reprend ses études et, en 1919, reçoit le deuxième second grand prix de Rome. Deux ans plus tard, il épouse Yvonne Steinmetz et, après la naissance de leurs deux premières filles, s’installe à Nice en 1924 avec sa famille. Il exerce alors comme architecte, participant à la vie professionnelle locale sur un marché immobilier en plein essor, jusqu’à la crise de 1929 qui frappe l’activité économique.

Avec l’arrivée de la Seconde Guerre mondiale et les lois antisémites du régime de Vichy, André perd progressivement le droit d’exercer sa profession en raison de son origine juive. D’après les registres d’internement du camp de Drancy, il arrive au camp le 21 avril 1944, quelques semaines après l’arrestation de sa femme, de ses filles et de son fils. Il y retrouve son fils Jean. Tous deux sont déportés le 15 mai 1944 par le convoi n° 73, un convoi exclusivement masculin qui part de Drancy vers les camps des Pays baltes (Lituanie et Estonie). André Jacob meurt en déportation à l’âge de 53 ans.

 

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