La gare de Pithiviers, un nouveau musée, lieu de mémoire et d’éducation sur l’histoire de la Shoah lieu de mémoire

À l’occasion du 80e anniversaire de la rafle du Vel d’Hiv (16-17 juillet 1942), le Mémorial de la Shoah a inauguré le 17 juillet 2022 un nouveau lieu de mémoire, d’éducation et de transmission dans l’ancienne Gare de Pithiviers.

Ce musée est gratuit.
ouverture exceptionnelle le lundi 18 et mardi 19 juillet de 11h à 18h, et du 20 juillet au 31 août, du mercredi au dimanche de 11h à 18h
À partir du 1er septembre : samedi et dimanche de 11h à 18h
À partir du 1er octobre : samedi et dimanche de 14h à 18h

Témoin de l’internement des Juifs en France, de leur déportation des 8 convois partis du Loiret au camp d’Auschwitz-Birkenau, la gare de Pithiviers est réhabilitée plus de 50 ans après sa fermeture aux voyageurs avec pour enjeu essentiel la transmission de la mémoire aux générations futures sur 400 m2 d’exposition. Ce nouvel espace accueille gratuitement public et scolaires autour d’une exposition permanente, revenant sur le rôle des gares de Pithiviers et de Beaune-la-Rolande dans l’internement et la déportation des Juifs de France. La gare de Pithiviers est située à quelques dizaines de mètres de l’ancien camp d’internement de Pithiviers, détruit après-guerre. Ce nouveau lieu de mémoire complémentaire du CERCIL Musée Mémorial des enfants du Vel d’Hiv installé à Orléans depuis 1991, qui a également rejoint le Mémorial de la Shoah.

 

PITHIVIERS : LA RÉHABILITATION D’UN NOUVEAU LIEU DE MÉMOIRE, 80 ANS APRÈS LA RAFLE DU VEL D’HIV

La gare de Pithiviers : un lieu majeur de l’histoire de la Shoah en France

Entre 1941 et 1943, 16 000 Juifs ont été internés dans les camps de Pithiviers et de Beaune la Rolande. Par les gares de ces deux lieux, les personnes arrêtées parce que Juives sont arrivées ou parties en provenance ou à destination des camps d’internement de région parisienne, en particulier du camp de Drancy. Parmi eux figurent les 4 400 enfants victimes de la rafle du Vel d’Hiv. 8100 juifs furent déportés directement du Loiret à destination du camp d’Auschwitz-Birkenau en 8 convois.

L’ancienne gare de Pithiviers est un des lieux emblématiques de l’internement et de la déportation des Juifs de France, 6 convois sont partis de la gare de Pithiviers. Les quais de cette gare auront été le dernier contact des internés déportés avec le sol de France.

Une réhabilitation de grande envergure à l’occasion de la commémoration des 80 ans de la rafle du Vel d’Hiv en synergie avec le CERCIL

Le 17 juillet 2022, un nouveau lieu de mémoire majeur de la Shoah en France sera inauguré, 80 ans jour pour jour après la rafle du Vel d’Hiv.

Suite à un accord de partenariat signé en mai 2017, le Mémorial de la Shoah et la SNCF ont créé un lieu de mémoire au sein de l’ancienne gare de voyageurs de Pithiviers (Loiret). Sur une parcelle d’une superficie totale de 4 400 m2, le bâtiment de 400 m2 a été ouvert au public en 1872 et fermé au trafic voyageur en 1969. Il est aujourd’hui doté d’une exposition permanente de 170 m2 évoquant l’histoire des gares de Pithiviers et de Beaune-la-Rolande, centrée sur l’internement des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale et sur leur déportation en 1942 vers le camp d’Auschwitz-Birkenau.

Une salle pédagogique de 75 m2 permet en outre d’accueillir des scolaires et des groupes et de développer des activités éducatives.

Il permet également de disposer d’un point d’accueil pour ces groupes à proximité des traces de l’ancien camp d’internement de Pithiviers détruit après la guerre, et du monument qui comprend désormais les noms des internés déportés.

L’exposition permanente repose sur une muséographie sobre et immersive présentant de nombreux documents d’archives et plusieurs films, fondés en partie sur des témoignages et des documents inédits. Dans les murs de la gare de Pithiviers, un centre d’information historique et d’éducation est désormais accessible. Ce lieu, porté et animé par le Mémorial de la Shoah, fonctionnera en synergie avec le Cercil – Musée Mémorial des enfants du Vel d’Hiv. Situé à Orléans, ce musée créé en 2011 dispose d’un centre de ressources ainsi que d’une exposition permanente sur les camps du Loiret. Cette institution s’est rattachée au Mémorial de la Shoah en janvier 2018.

JACQUES FREDJ, DIRECTEUR DU MÉMORIAL DE LA SHOAH

Entre 1941 et 1943, plus de 16000 Juifs dont près de 4500 enfants sont arrivés en train dans les gares de Pithiviers et de Beaune-la-Rolande pour être internés dans les camps du Loiret gérés par l’administration français, sous le contrôle des nazis.

À partir du 14 mai 1941, ces mêmes lieux ont vu transiter pendant des mois les internés, les familles venues les visiter, leurs courriers et les colis arriver ou partir.

Parmi les personnes arrêtées lors de la rafle des 16 et 17 juillet 1942, 7600 d’entre elles sont transférées dans les camps du Loiret. Pour beaucoup, ces victimes sont des femmes et des enfants dont les pères avaient été arrêtés en mai 1941 et qui allaient les précéder dans la déportation et la mort au camp d’Auschwitz- Birkenau. Séparés de leurs parents, laissés dans une grande détresse, plus de 3000 enfants sont ensuite transférés au camp de Drancy pour être également déportés.

Après les gares du Bourget-Drancy et de Bobigny, ce sont de ces quais que le plus grand nombre de déportés juifs ont quitté notre pays, avec la complicité de l’État français. Au cours de l’année 1942, les gares de Pithiviers et de Beaune la Rolande ont été le dernier contact avec le sol de France pour plus de 8100 déportés juifs.

Elles ont été les témoins de cette histoire tragique et des rouages de l’implacable système génocidaire mis en place par le IIIe Reich.

Grace à un partenariat engagé de longue date avec la SNCF, le rôle des gares de Pithiviers et de Beaune-la-Rolande dans l’internement et la déportation des Juifs de France est au cœur de cette nouvelle exposition, installée dans l’ancienne gare de voyageurs de Pithiviers.

En restituant l’histoire longue de ces gares, qui avaient participé à l’essor de la région à la fin du XIXe siècle, jusqu’à la fermeture au trafic passagers un siècle plus tard, cette exposition entend aussi montrer l’inscription dans le quotidien de lieux familiers qui basculent dans un crime de masse à une échelle européenne au cours de la Seconde Guerre mondiale. Elle montre aussi le long et difficile travail de la mémoire collective pour restituer pleinement cette histoire, grâce notamment à l’engagement de personnalités telles que Serge Klarsfeld, Henry Bulawko et Hélène Mouchard-Zay, fondatrice du Cercil.

L’exposition conçue avec le scénographe Martin Michel préserve le bâtiment conçu en 1872 et réhabilité par la SNCF. Elle n’entend pas recréer un décor, elle porte l’histoire et la mémoire des lieux en montrant le contexte global dans lequel elles s’inscrivent.

Ce lieu tourné entièrement vers l’éducation se veut complémentaire du Mémorial de la Shoah à Paris, un lieu généraliste sur l’histoire de la Shoah, du Mémorial de Drancy situé face à l’ancien camp d’internement devenu plaque tournante de la déportation des Juifs de France, ainsi que du Cercil à Orléans qui restitue l’histoire des camps de Pithiviers, de Beaune-la-Rolande et de Jargeau.

Tous ces musées et lieux de mémoire portés aujourd’hui par le Mémorial ont pour objectif de permettre à chacun de découvrir ou redécouvrir pleinement cette page de notre histoire commune, d’éveiller les consciences sur les conséquences de l’intolérance, du racisme et de l’antisémitisme ainsi que sur la nécessaire défense des valeurs républicaines sur lesquelles se fondent notre démocratie.

 

UNE SCÉNOGRAPHIE UNIQUE PENSÉE PAR MARTIN MICHEL

L’objectif central de l’exposition permanente est d’expliquer le rôle de la gare de Pithiviers et de Beaune la Rolande dans la Shoah, ce dont ses murs sont les témoins.

La gare avant rénovation nous est apparue dans un état d’intemporalité, un entre-deux mélangeant les époques, les aménagements, les accidents et les dégradations. L’atmosphère était forte sans être vraiment caractérisée, comme dans beaucoup de ces lieux suspendus. Nous étions dans une gare abandonnée, la végétation commençait à envahir les salles, L’histoire de la gare était visible à l’œil nu, des comptoirs 1900 à la salle d’attente 1970 en passant par le tableau d’affichage 1930. Les voies s’étaient endormies dans les herbes et les arbustes.

Cette prise de contact avec le site a impressionné en nous l’idée d’une scénographie sensible qui maintiendrait ces sensations presque palpables de temps et de mémoire diffuse. Un dispositif léger qui limiterait en quantité et en impact les constructions nécessaires à la diffusion du discours. Nous imaginions dénuder les murs tout en gardant les traces de ce temps passé, les unifier par une sorte de glacis général et imprimer à même cette surface les textes et les images témoignant du rôle de la gare.

Le chantier de rénovation s’est avéré complexe, avec présences d’amiante et de plomb dans les sols et les murs. La dépose du gros mobilier serait totale, les murs seraient grattés jusqu’aux pierres et les sols détruits. Il était sûr qu’une fois désamiantée, déplombée, nettoyée et allégée de la plupart de ses aménagements, la gare aurait perdu une bonne part de cette puissance d’évocation.

Prenant notre partie de ces déposes et modifications, nous nous sommes dit que la gare retrouverait néanmoins ses premiers volumes dans leurs plus simples appareils. Ainsi pour la création du parcours muséographique, nous avons souhaité jouer avec ce vide nouveau, suivre le fil de cette simplicité avec une sobriété proche des matières et des traces.

Nous avons imaginé les salles comme un espace intemporel, liant le présent / coté rues au passé / coté voies dans lequel les sols et les murs seraient maintenus au plus près de leur état minéral d’après dépose, sans remise en peinture générale ni reconstitution, tout au plus le maintien de quelques éléments historiques.

Afin, dans ce nouveau contexte, de disposer le visiteur à ressentir la gare et son histoire particulière, nous avons privilégié des matières sensibles et le dépouillement des espaces, au plus proche des nouveaux volumes.

Afin également de retrouver le dynamisme d’une gare et celui de l’histoire, nous avons donné une place importante à l’image animée, en diffusion sur écran et en vidéo projections grands formats sur les murs.

Les images d’archives ont la force de plonger le visiteur dans une émotion qui lui permet d’aller au-delà des mots du récit historique présent sur les panneaux périphériques des salles.

Nous avons imaginé la première salle, anciennement salle des guichets, comme une entrée à la fois douce par l’ambiance tamisée et forte par la diffusion d’un film grand format évoquant la gare au début du XXe siècle.

La salle suivante a été conservée dans son vaste volume de hall de gare avec ses grandes fenêtres et ses luminaires suspendus. L’agencement simple d’une cloison centrale a suffi à le partager en 2 sans le briser, permettant au parcours de se déployer jusqu’à la dernière salle sans se révéler brutalement.

Le premier espace dédié à l’histoire de la gare depuis la rafle du billet vert jusqu’à nos jours, est scandé par un discours scénographique sur ses 4 faces dont le point d’orgue est la projection grand format d’un film sur le déroulement de la rafle.

Le deuxième espace dédié à la Shoah comprend un plafond suspendu et l’habillage des carreaux des 2 fenêtres présentes, permettant ainsi d’isoler le visiteur et de palier à la difficulté d’incarner la rupture tragique de la déportation, alors même qu’on ne dispose d’aucune image, en favorisant sa concentration sur les textes, archives et témoignages écrits.

La dernière étape du parcours est située dans l’ancien bureau du chef de gare, salle à la fois dénudée à l’extrême mais néanmoins remaniée suivant les contraintes d’un établissement recevant du public, comme l’ensemble du parcours. Ainsi certains murs ont été revêtus de panneaux de plâtre et d’autres ont conservé un aspect minéral plus sensible. Un de ces murs reçoit une grande projection de témoignages poignants de survivants et des seules images filmées du camp de Beaune la Rolande. Une fenêtre percée dans un autre mur ouvre directement sur les voies et donne corps à ces images.

 

Revoir l’inauguration de la Gare de Pithiviers 

 

 

Catalogue disponible

Les gares de Pithiviers et de Beaune-la-Rolande.
De l’internement à la déportation des Juifs de France, Paris, Mémorial de la Shoah, 2022,
176 pages, 15 €

Gare de Pithiviers, en accès libre

Ouverture exceptionnelle le lundi 18 et mardi 19 juillet de 11h à 18h, et du 20 juillet au 31 août, du mercredi au dimanche de 11h à 18h
À partir du 1er septembre : samedi et dimanche de 11h à 18h
À partir du 1er octobre : samedi et dimanche de 14h à 18h

Pour plus de renseignements et réservations pour les groupes : +33 2 38 72 92 02 ou sur www.memorialdelashoah.org/pithiviers
Hors scolaires : 75 €
Scolaires : 49 €

Tarifs
Entrée individuelle adulte et enfant : gratuit
Visite guidée groupe adultes : 40 € (25 personnes maximum)
visite guidée groupe scolaire : 30 € (par classe)
Atelier pédagogique : 40€
Parcours de mémoire : 75 € (inclut atelier et visite)
Parcours de mémoire CERCIL + Pithiviers : 75€